- Par A.Amrouche Architecte & Urbaniste – le 17/12/2025 –
Dans cette dynamique ibérique, un acteur reste incontournable : le Portugal, devenu premier producteur mondial de liège et référence industrielle du secteur. Son avance ne tient pas uniquement à la ressource forestière, mais à une chaîne structurée, de la gestion des suberaies à la transformation, jusqu’aux produits finis à forte valeur ajoutée. Autrement dit, le leadership se construit autant dans l’atelier que dans la forêt.
Et c’est là que l’Algérie retrouve une fenêtre stratégique. Le pays dispose d’un patrimoine de chêne-liège, notamment en Kabylie et dans la wilaya de Skikda dans la région de Collo notamment, et d’une mémoire industrielle réelle Le liège est : 100 % recyclable, 100 % naturel, 100 % renouvelable, et faiblement transformé. C’est l’un des matériaux les plus vertueux disponibles aujourd’hui. Or, au moment où la demande internationale se renforce, l’enjeu n’est plus de vendre une matière première, mais de fabriquer localement des solutions compétitives : panneaux isolants, liège expansé, produits pour le bâtiment, avec des standards de qualité et une logique de filière. À la clé, une valeur ajoutée plus élevée, des emplois qualifiés et une cohérence avec les exigences environnementales qui s’imposent sur les marchés.
Dans ce mouvement, le travail de la designer Feriel Gasmi Issiakhem joue un rôle de révélateur. Par sa démarche de design et de recherche, elle contribue à moderniser l’image du liège algérien, à en explorer des usages contemporains (objets, mobilier, architecture) et à installer une idée forte : le liège n’est pas un vestige, c’est une matière d’innovation, à condition de lui offrir un écosystème capable de transformer, tester et produire.
L’Espagne montre que le liège expansé s’installe dans la construction, le Portugal prouve qu’un leadership mondial se bâtit par la transformation. L’Algérie, elle, possède la ressource et des compétences créatives prêtes à l’activer. Il ne manque pas le matériau, il manque la trajectoire industrielle. Et c’est précisément ce qui fait de cette période une opportunité rare : passer du liège exporté au liège “signé Algérie”, transformé localement, compétitif, et pleinement inscrit dans l’économie verte.
Entre l’élan ibérique et les talents locaux qui revalorisent ce matériau, le liège apparaît comme une opportunité concrète pour l’Algérie : écologique, industrielle et pleinement actuelle.